Apprendre à dire « non », c’est refuser certaines urgences, surtout celles des autres, pour préserver ce qui compte vraiment à savoir, notre boussole intérieure.
C’est un geste en apparence simple, mais pour beaucoup, c’est un véritable défi. Pour certains, dire « non » est une libération. Pour d’autres, c’est presque une impossibilité, une fuite en avant dont ils ne savent plus sortir.
La peur de décevoir, la crainte du conflit, le besoin d’être utile, ou encore l’envie d’être perçu comme professionnel, engagé, disponible, compétent… toutes ces raisons nourrissent la difficulté à prononcer ce petit mot de trois lettres qui soulève tant d’émotions : « NON ! ».
Nous disons « oui » par automatisme, souvent sans réfléchir. Par réflexe social, par politesse, par gentillesse, ou par culpabilité. Mais tous ces « oui » prononcés alors qu’un « non » aurait été plus juste, grignotent notre temps, notre énergie et, à terme, notre équilibre.
Chaque « oui » de trop éloigne un peu plus nos priorités profondes, nos projets de vie et notre boussole personnelle. Et à force de dire « oui » à tout, on finit par ne plus savoir à quoi dire « oui » vraiment.
Dire « non », ce n’est pas être fermé, ni égoïste, ni désagréable. Ce n’est pas « être un salaud ».
Dire « non », c’est être lucide sur ses limites, respectueux de son énergie et responsable de son temps. C’est accepter que notre temps est précieux, qu’il n’est pas extensible, et que chaque minute consacrée à une fausse urgence est une minute en moins pour construire notre avenir.
Combien de fois avez-vous déjà dit : « Je n’ai pas le choix » pour justifier un « oui » forcé ?
« Je ne pouvais pas refuser cette réunion », « je devais répondre à ce message », « je n’allais quand même pas dire « non » à mon collègue »… Autant d’excuses pour masquer un refus que nous n’avons pas osé formuler.
La vérité, c’est que nous avons presque toujours le choix. Simplement, nous n’osons pas l’assumer.
Nous préférons céder à l’urgence apparente plutôt que de ressentir le léger inconfort qu’un refus clair pourrait provoquer. C’est plus facile, à court terme. Mais à long terme, c’est un piège car à force de dire « oui » à tout, nous devenons prisonniers, voire esclaves, du temps des autres. Et à ce moment-là, malheureusement, nous perdons une part de notre liberté.
Dire « non », c’est donc reprendre possession de son temps. C’est rester acteur de sa semaine, plutôt que figurant dans celles des autres.
Quand on y regarde de plus près, la majorité des urgences qui s’imposent à nous ne sont pas les nôtres.
Un collègue qui veut « juste cinq minutes », un client qui « a besoin d’une réponse immédiate », un proche qui « ne peut pas attendre »… Toutes ces sollicitations reposent sur leur perception du temps, pas sur la nôtre.
Dire « non », en somme, c’est dire « oui » à soi-même. Refuser, ce n’est pas rejeter, c’est choisir en conscience.
Nous croyons souvent que dire « oui » renforce le lien avec autrui. En réalité, ce n’est pas le « oui » qui crée la relation, c’est la qualité du « oui ».
Un « oui » donné par peur, par contrainte ou par culpabilité ne construit rien de solide. Un « oui » congruent, aligné sur nos valeurs et nos priorités, inspire bien plus de respect.
Dire « non », c’est préserver la sincérité de nos engagements et la cohérence de notre parole.
Apprendre à dire « non » ne consiste évidemment pas à tout refuser brutalement.
C’est un savoir-faire, une forme d’art relationnel qui s’affine avec le temps.
On peut distinguer plusieurs types de non :
- Le « non » ferme mais respectueux qui est utile lorsque la demande ne relève pas de notre rôle ou que nous sommes déjà engagés ailleurs.
« Je ne peux pas m’en charger, ce n’est pas dans mes priorités actuelles. » - Le « non » différé qui montre que l’on reste ouvert sans pour autant sacrifier son temps immédiat.
« Pas pour l’instant, mais je peux y jeter un coup d’œil d’ici jeudi. » - Le « non » redirigé qui permet de préserver la relation tout en responsabilisant autrui.
« Je ne peux pas le faire, mais pourquoi ne pas voir cela avec X ? » - Le « non » qui précède le « oui » et qui consiste à poser un refus clair avant de proposer une alternative.
« Non, je ne peux pas te déposer chez ton ami, mais par contre je peux te réserver un Uber. »
La meilleure recette pour apprendre à dire « non » repose sur un équilibre subtil avec d’un côté de la bienveillance et de l’empathie envers la personne qui reçoit notre refus et de l’autre côté de la fermeté et de la congruence de notre part.
Un « non » sincère et posé inspire toujours plus de respect qu’un « oui » contraint ou arraché.
C’est une question d’authenticité, de présence à soi. Dire « non », c’est affirmer sa place, son rythme, ses priorités.
Apprendre à dire « non » est un signe de maturité. C’est comprendre que notre temps est limité, non renouvelable, et qu’en le dilapidant pour satisfaire toutes les urgences, nous nous trahissons nous-mêmes. C’est savoir que dire « oui » à tout, c’est souvent dire non à l’essentiel.
En définitive dire « non » avec lucidité et conscience, c’est se dire « oui » avec respect, « oui » à ce qui compte, « oui » à ce qui a du sens.
« OUI » à soi…

